vendredi 22 janvier 2010

Analyse - Haïti: la viabilité passe par le reboisement

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Les quatre tornades et cyclones qui ont frappé Haïti à la fin de l’été 2008 ont transporté aux Gonaïves 2,6 millions de tonnes de boues.
Photo: AFP
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Par Louis-Gilles Francoeur


Le drame qui plonge présentement Haïti dans la désespérance résulte d'une catastrophe écologique multiforme causée par le déboisement intensif amorcé par les premiers exploitants coloniaux et consommée à cause de la pauvreté endémique qui résulte en bonne partie de l'épuisement et de l'atrophie des anciens écosystèmes.

S'il y a tellement de gens massés dans Port-au-Prince et ces bidonvilles qui leur sont tombés sur la tête, c'est que la population a massivement quitté des campagnes et des régions forestières qui ne peuvent plus leur fournir nourriture, vêtements et gîte sécuritaire.

Les forêts d'Haïti couvraient autrefois 80 % de l'île. Il en reste aujourd'hui entre 1 % et 2 %. Leur disparition s'est accélérée récemment, car ces forêts couvraient encore 20 % du territoire haïtien en 1960.

La pauvreté endémique a fait le reste. Aujourd'hui, faute de revenus suffisants pour s'acheter du gaz ou de l'électricité pour la cuisson et l'éclairage, les Haïtiens utilisent le charbon de bois pour 72 % de leurs besoins en énergie. On obtient ce charbon en coupant ce qui reste de forêts et en préparant ce combustible en le carbonisant dans un four pauvre en oxygène, ce qui l'assèche et concentre son carbone pour une combustion ultérieure. L'absence d'une politique de conservation et d'un programme de déploiement de solutions plus écologiques explique que rien ne freine cette dévastation.

Lors de la conférence de Montréal sur les changements climatiques en 2005, j'ai eu la possibilité d'interviewer l'ex-président Aristide. Je n'ai jamais publié cette entrevue, car j'ai craint qu'on pense que j'aie voulu me moquer de lui, ou ridiculiser à travers lui un État qui n'en portait souvent que le nom. À la question de savoir pourquoi l'aide internationale fournie à ce pays ne s'était pas encore soldé par la mise en place d'un important programme de reboisement, le président haïtien d'alors m'avait répondu cette ineptie monumentale: on le fera, m'avait-il dit en substance, mais après avoir enseigné aux gens comment épeler le mot «arbre» parce qu'il est fondamental, disait-il, de pouvoir saisir ce mot et le concept pour agir efficacement sur le terrain.

La réalité est tout autre, car partout sur la planète où on tente d'enrayer la déforestation, en Chine comme au Sahel, la sagesse populaire saisit immédiatement l'importance et l'intérêt de reboiser quand on lui donne les moyens de le faire.

La région des Gonaïves, par exemple, ressemble en plusieurs endroits à un désert lunaire, illustrant la désertification extrême qui menace d'autres régions agricoles du pays en raison de l'érosion sans frein qui réduit la productivité des champs en les privant à chaque tornade de milliers de tonnes de matières organiques.

On a évalué que les quatre tornades et cyclones qui ont frappé Haïti à la fin de l'été 2008 ont transporté aux Gonaïves 2,6 millions de tonnes de boues, de la terre qui fera défaut aux sols agricoles en amont. Et la compaction qui résulte de l'assèchement des nappes souterraines en raison de l'absence d'arbres aurait réduit à 10 % la capacité de ces sols à stocker l'eau qui tombe du ciel.

Les photos satellites montrent aujourd'hui l'énorme différence entre les sols dénudés d'Haïti et ceux de la République dominicaine d'à côté, où 30 % des forêts sont encore debout, et même des forêts primaires (c'est-à-dire qui n'ont jamais été coupées). Ces forêts fournissent aux Dominicains d'importantes réserves d'eaux souterraines, de plus en plus rares en Haïti; un climat moins sec et meilleur pour l'agriculture, sans compter que ces forêts, riches en végétaux divers et animaux, sont des sources importantes d'aliments, de médicaments et même de bases génétiques variées pour le renouvellement et le maintien de la résistance des semences agricoles.

Le drame écologique qui paralyse le développement de cette île est aussi lié aux changements climatiques. Le réchauffement du climat n'est pas sans rapport avec l'augmentation de la fréquence des ouragans: après celui qui a dévasté les Gonaïves en 2004, y faisant 1600 morts, quatre autres tornades et cyclones ont frappé Haïti en 2008, avec leur cortège d'inondations aggravées par le déboisement, qui a aussi accéléré le ruissellement violent des pluies torrentielles.

On est loin de l'île luxuriante d'Hispaniola découverte par Christophe Colomb, qui abritait cocotiers, manguiers, papayers, acajous, flamboyants et tamariniers. Les planteurs qui ont développé dès le XVIIIe siècle la production d'épices, de café et d'indigo ont certes jeté par terre beaucoup de forêts au profit de leurs champs et plantations. Et les sociétés étatsuniennes ont accentué la déforestation pendant la Seconde Guerre mondiale au profit des plantations d'hévéas et de sisals pour les besoins de l'économie de guerre, un mouvement de déforestation que les Duvalier ont accentué pour leur profit personnel et en laissant la pauvreté endémique faire le reste. Il ne faut donc pas blâmer les pauvres d'Haïti pour ce déboisement, dont les racines plongent profondément dans le tissu de leur histoire.

Mais à court terme, et à très court terme, il faudrait que le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) mette en place en Haïti, pays de soleil par excellence, un programme de fours à cuisson solaire, comme celui mis en place avec succès au Chili, pour enrayer précisément le déboisement des régions montagneuses. Le programme de reforestation entériné par la toute récente conférence de Copenhague pour créer des crédits avec le stockage du carbone dans de nouvelles forêts devrait s'appliquer en priorité à Haïti pour y créer de l'emploi dans les serres, dans des pépinières et dans les régions où on réimplanterait en priorité les espèces végétales autochtones.

Certes, il faut reconstruire les villes haïtiennes, mais un volet majeur de la pauvreté serait réglé si, à long terme, l'augmentation de la population était absorbée par des campagnes reverdies et des écosystèmes forestiers à nouveau productifs. Un «plan Marshall» à la gloire du béton ne serait décidément pas très viable.

samedi 8 août 2009

Lancement de la commercialisation des briquettes en papier recyclé. Alternative au Charbon de Bois

Haiti - Port-au-Prince [Carrefour-Feuilles] - 15 Juillet 2009

Vous pouvez lire l'article et voir les images en cliquant ici.

Haïti: Sauver Haiti de la déforestation en suivant l'exemple du Chili

Par Rosny A. Saint-Louis
Source: Le Nouvelliste, 5 août 2009

Vous pouvez lire l'article en cliquant ici.
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NDCDP-Envirennement.-
Vous pourrez aussi lire l'article du PNUD sur le cas du Chili en cliquant sur le titre suivant:
« Le Chili sauvé de la déforestation par les fours solaires. »

dimanche 19 juillet 2009

Environnement : de la parole à l'action

Par Nancy Roc
Source: Le Matin, 17 juillet 2009


"Au sein de cet environnement instable et turbulent, un seul élément reste constant: le changement ". Citation du Dalaï-Lama.

À l'occasion du 20e anniversaire de l'organisation "Konbit peyizan Nip" (KPN) dans le département des Nippes, la Première ministre Michèle Duvivier Pierre-Louis a appelé à la responsabilité civique face aux problèmes environnementaux. Elle a estimé que chaque citoyen a son rôle à jouer, souhaitant une prise de conscience collective pour résoudre le problème. "L'État ne fléchira pas dans ses efforts pour attaquer les problèmes environnementaux, cependant les citoyens doivent se responsabiliser. Cela réside, par exemple, dans le simple réflexe qui consiste à jeter les déchets dans les poubelles et non sur la chaussée ", a-t-elle souligné.

Si les propos de la Première ministre sont justes dans la forme, il est toutefois clair que dans le fond tout reste à faire. En effet, les citoyens ne peuvent se responsabiliser lorsque les propos de Mme Pierre- Louis vont à l'encontre de ceux du président de la République. Rappelons que ce dernier, après avoir assisté au Sommet de la Francophonie dans la ville de Québec du 17 au 19 octobre 2008, avait attribué le déboisement d'Haïti " aux colons, à l'occupation américaine et à la dictature " des Duvalier, déresponsabilisant ainsi le rôle de son gouvernement- tant en 1995 qu'aujourd'hui- dans le dossier environnemental. Quelques jours plus tard, M. Préval enfonçait le clou en déclarant que s'il était à la place d'un paysan aujourd'hui, il couperait lui-aussi des arbres pour faire du charbon de bois. Ces propos choquants ont été condamnés par de nombreux observateurs qui ont estimé qu'ils faisaient preuve de légèreté et d'irresponsabilité de la part d'un président qui, pendant deux mandats, n'a jamais proposé une alternative au charbon de bois à la population. Comment appeler à la responsabilisation civique lorsque le Chef de l'État cautionne des pratiques qui ont conduit le pays vers une catastrophe écologique ? Il faudrait donc que le président et son premier ministre puissent accorder leurs violons afin de tenir des propos cohérents mais aussi complémentaires face aux affres du déboisement.

Depuis le passage des quatre ouragans qui ont dévasté le pays l'année dernière, on notera certains progrès dans la lutte pour réhabiliter l'environnement, notamment dans le changement des politiques publiques. Rappelons à cet effet la création en mars 2009 du Comité interministériel d'aménagement du territoire (CIAT). Pour faire face à la détérioration continue du territoire haïtien, le Gouvernement de la République s'est doté du CIAT afin de définir une politique claire sur l'aménagement du territoire, de la mettre en oeuvre au niveau national comme au niveau local de façon volontariste et coordonné, tout en tenant compte des attentes, des contraintes et des ressources des populations. Lundi 13 juillet, le Comité interministériel d'aménagement du territoire (CIAT), présidé par la Première ministre Michèle Duvivier Pierre-Louis, a rencontré ses partenaires techniques et financiers. Selon un communiqué publié cette semaine par le Bureau du Premier ministre, " le CIAT a été favorablement accueilli par les partenaires techniques et financiers qui ont donné l'assurance de leur support à la réalisation de ses objectifs ". Toutefois, aucune autre information n'a été divulguée sur les résultats de cette réunion. Il en est de même pour la dernière campagne de reboisement lancée en mai dernier par le ministre de l'Environnement, Jean Marie Claude. Germain. Aucun suivi de cette campagne qui devrait s'étaler sur les cinq prochaines années. Et qu'en est-il du suivi de l'intervention de l'État au Morne Garnier ? Qu'en est-il de la fermeture des carrières de sable à Laboule ? La liste de ces questions pourrait s'étaler sur plusieurs pages…

Dernièrement, Sabine Manigat soulignait dans Le Matin les mêmes préoccupations dans un article intitulé " Environnement : On attend la catastrophe les bras croisés? ". Elle y soulignait que " nous sommes bel et bien prisonniers de l'irresponsabilité des pouvoirs publics. Aucune des actions nécessaires ou seulement envisageables ne peut se concrétiser dans le domaine de l'environnement sans une réglementation à la mesure des enjeux et des dangers que nous encourons et, surtout, leur mise en application avec la rigueur requise. C'est là que le plus grand bien au plus grand nombre devient un credo impératif car autrement… nous mourrons tous "(1). Or cette réglementation n'a toujours pas été élaborée et encore moins appliquée. Le gouvernement doit donc passer urgemment de la parole aux actes pour éviter le pire.


Des citoyens mobilisés

Si la Première ministre a souhaité que les citoyens se responsabilisent, il faudrait aussi qu'une vaste campagne de sensibilisation soit lancée et qu'elle soit accompagnée d'une réglementation adéquate en matière environnementale. Rien de cela n'existe pour le moment. Pourtant, des initiatives sont prises ici et là par différents groupes de la société civile. Le 29 mai dernier par exemple, l'orchestre Tropicana d'Haïti, par le biais de sa fondation philanthropique " Fonda Tropic " a lancé au Cap-Haïtien et au Limbé, l'opération " Planté pyé bwa pou la vi ka miyo ". Ce programme a mobilisé plusieurs milliers d'écoliers et 15 300 plantules ont été mises en terre.

Au Bel-Air, le 24 juin écoulé, des milliers de plantules ont été mises en terre, ont annoncé les organisateurs de la campagne " Bèlèvèt ". Même la Minustah s'est mise de la partie. En effet, plusieurs contingents de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah) sont impliqués depuis janvier dans une campagne de reboisement destinée à inculquer le plus tôt possible aux enfants une conscience écologique, alors qu'aucun endroit du pays n'échappe au déboisement. La moitié des plantules utilisées au cours de cette campagne a été octroyée par l'organisation Double Harvest. L'autre partie a été offerte par le ministère haïtien de l'Agriculture.(2)

Malheureusement, ces heureuses initiatives ne peuvent en aucun cas faire la différence dans le scénario écologique catastrophique auquel nous devons faire face.

Nous avons appris avec plaisir que deux cents organisations de la société civile y compris des artistes ont décidé d'élever la voix contre la dégradation de l'environnement en Haïti et d'organiser une marche ce vendredi 17 juillet. Cette dernière sera organisée par "Moun pou Ayiti bèl " (Mab), soutenu par de nombreux artistes. Le professeur et cinéaste Arnold Antonin, l'un des chefs de file de Mab, juge nécessaire un sursaut national afin de circonscrire le suicide collectif imminent.

Rappelons que seulement 0.71% du Budget national est consacré à l'environnement. Le comité directeur de Mab déplore estime que 40% de ce budget devraient être alloués respectivement pour l'éducation et l'environnement.

Espérons, que cette marche sera un élément déclencheur d'une réelle prise en charge des graves problèmes environnementaux en Haïti. En matière environnementale, il faut absolument arrêter de se déresponsabiliser et passer urgemment de la parole à l'action. N'oublions pas que " notre environnement et notre attitude sont le résultat de nos choix " (Daniel Desbiens). Il en va de notre survie à tous.


Nancy Roc
Montréal, le 16 juillet 2009.
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(1) Sabine Manigat, "Environnement : On attend la catastrophe les bras croisés?", Le Matin, 8 juillet 2009.
(2) Service d'information des Nations- Unies, " Haïti : La MINUSTAH s'implique dans le reboisement ", 9 février 2009.
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NDCDP-environnement:
L'article original est publié ici.
L'article de Sabine Manigat auquel cité par Nancy Roc est accessible ici.

samedi 13 juin 2009

Haïti / Environnement : comment prévenir le suicide collectif ?

Source: Le Matin, vendredi 12 juin 2009
Par Nancy Roc


On ne peut que se réjouir de la mobilisation récente de plusieurs organisations de la société civile contre les désastres naturels et pour la réhabilitation de l’environnement en Haïti. Même si cette mobilisation a pris beaucoup de temps pour se concrétiser, « il est trop tard pour être pessimiste » pour paraphraser Yann Arthur Bertrand dans son dernier film HOME.
J’ai lu avec intérêt et beaucoup d’attention le dernier document issu d’un atelier de travail réalisé à Port-au-Prince les 25 et 26 mai 2009 autour des problèmes écologiques en Haïti. Plus de 150 organisations ont pris part à cet atelier organisé par le Collectif national des organisations de la société civile pour la protection et la réhabilitation de l’environnement (Conaos/Environnement) et le Centre Pétion-Bolivar. (1)
Dans ce document, ces associations dressent un constat réaliste et sans complaisance de la réalité environnementale en Haïti. Cette analyse souligne judicieusement le lien inextricable entre la dégradation environnementale et l’augmentation de la pauvreté, sujet souvent oublié dans les reportages diffusés en Haïti autour des conséquences de la non-gestion environnementale. Cette catastrophe, comme je l’ai rappelé dans mon dernier article publié dans Le Matin, « Le bateau coule ! », le 5 juin écoulé, coûte annuellement, depuis 2001 au pays le plus pauvre du continent, près d’un milliard de dollars américains. Les Haïtiens aiment critiquer les ONG et la Communauté internationale, mais réalisent-ils la manne financière qui est gaspillée à cause de l’irresponsabilité de nos gouvernants face à la dégradation environnementale ? J’en doute fort. Mais les sommes d’argent utilisées dans ce domaine doivent être chiffrées et rendues publiques.
Dans le document intitulé « Appel à la mobilisation générale et totale contre les désastres et pour la protection de l’environnement », les 150 organisations susmentionnées insistent aussi sur un point crucial en avançant que : « l’assistanat international a montré ses limites. Il n’a fait que déstructurer encore plus les institutions du pays sans apporter de solutions réelles et durables.
Un tableau aussi sombre invite à la réflexion et à l’action. C’est pourquoi l’ensemble de la communauté haïtienne de toutes les catégories et conditions sociales, de toutes les générations, de tous les secteurs et de toutes les confessions religieuses, est invitée à prendre part à la mobilisation totale contre le désastre, pour la protection et la réhabilitation de l’environnement ». Face à un tel constat, ces organisations lancent un vibrant appel à tous les Haïtien(ne)s : « Cessons ensemble ce processus de suicide collectif dans lequel nous avons collectivement lancé notre pays ».
Processus de suicide collectif : les mots sont lâchés. Ils sont précédés d’un autre mot qui ne semble toutefois pas rimer avec les Haïtiens : ENSEMBLE. Car depuis 1804, qu’avons-nous fait ENSEMBLE, sinon nous diviser et nous autodétruire ? Rien, rien, absolument rien. Pire ! Lorsque certains Haïtiens souhaitent se rassembler autour d’une cause surtout quand elle est noble ! – ils se heurtent à quatre problèmes récurrents :
  • Le groupe initiateur tente de rassembler mais se retrouve avec quelques individus -souvent pas plus de cinqqui doivent tout faire et tout porter sur le dos. Les autres les attendent ou les regardent jusqu’à ce qu’ils échouent;
  • Le groupe initiateur est -sinon toujours du moins le plus souventinfiltré par des éléments nuisibles qui, pour conserver leurs intérêts personnels ou leur chasse gardée, déploient toutes les tactiques nécessaires pour boycotter ou écraser le mouvement ou ses heureuses initiatives. C’est la mentalité du « après moi (ou sans moi), c’est le chaos ! »;
  • Le groupe initiateur, avec toute sa bonne volonté, veut s’accaparer le leadership de son mouvement même lorsqu’il n’a ni l’expérience ni l’expertise nécessaire dans un domaine spécifique;
  • Le groupe initiateur, pour les raisons susmentionnées, se retrouvent à cours de ressources humaines et, subséquemment, privé de ressources financières pour mener à bien leur projet.
Cette triste réalité se retrouve tant en Haïti que dans sa diaspora. La vérité est que ce schéma est constamment, voire systématiquement, répété par nos compatriotes. Ce qui est manifestement en jeu au premier chef dans la notion d’ensemble, c’est la relation d’appartenance. Or portons-nous foncièrement en nous ce sentiment d’appartenance envers un pays que nous traitons comme une terre de transit ? Notre rapport à l’habitat n’est-il pas dès lors problématique ? L’irrespect envers notre environnement qui nous a plongés dans le processus de suicide collectif résulte du fait que nous n’avons pas assez d’amour pour notre pays. Et cette tendance ne va pas s’inverser facilement. La différence aujourd’hui est que tout le monde se sent en danger dans un environnement aussi précaire : ce n’est donc pas la relation de l’appartenance qui nous pousse à nous mobiliser mais la peur du danger qui nous guette collectivement. J’espère que ces 150 organisations se rendront compte de cette différence fondamentale qu’elles devront considérer dans toute action à long terme. En effet, toute relation de l’homme avec l’environnement est directement liée à son rapport à Oïkos (du grec, « maison »), son habitat, son lieu, mais plus encore cet ensemble de biens et d’hommes rattachés à un même lieu d’habitation.
Sans un changement radical de mentalité, je vois difficilement comment prévenir le suicide collectif.
Ne pas réinventer la roue
J’ai aussi noté que dans le document « Appel à la mobilisation générale et totale contre les désastres et pour la protection de l’environnement », ces 150 organisations font 7 exigences principales au Gouvernement:
  • Que les organes du gouvernement, en particulier les ministères de l’Environnement, de l’Agriculture et des Ressources naturelles, le ministère des Travaux publics commencent à travailler de façon concertée pour la protection et la réhabilitation de l’environnement, la réalisation d’un cadastre et la mise en œuvre du plan d’aménagement du territoire;
  • Que le gouvernement adopte, sans délai, une politique de substitution au bois et au charbon de bois en mettant les gaz de pétrole liquéfiés (propane et butane) et le kérosène à la disposition de toutes les familles selon un prix compétitif, et qu’il mette en œuvre le décret de 1987 sur le bois-énergie;
  • Que le gouvernement de la République garantisse l’alimentation en eau potable, en adoptant les mesures appropriées pour gérer durablement les ressources naturelles, les forêts réservées, les parcs nationaux et les zones sous protection, lesquels sont considérés comme les châteaux d’eau du pays. Les pouvoirs publics doivent alors passer des contrats de gestion de ces aires protégées avec les collectivités territoriales et les acteurs non-étatiques sous la supervision méthodique d’une autorité désignée, par voie d’appel d’offres administré dans la transparence.

Je tiens encore une fois à souligner, voire à rassurer ces organisations, que ce travail a déjà été effectué dans le cadre du « Programme national de réhabilitation de l’environnement » et publié par le ministère de l’Économie et des Finances en 2006. Ce programme a coûté la bagatelle de 148.616.600 USD et comporte le Programme de substitution au charbon de bois et au bois de feu (SCB) et le Programme national de reboisement (PNR) qui adressent toutes les exigences de ces organisations. Il ne s’agit donc pas de réinventer la roue mais de faire pression pour exiger la mise en œuvre de ce Programme national de réhabilitation de l’environnement. Il faut que ces organisations prennent connaissance de ce Programme et en fassent leur nouvelle Bible. Il doit être divulgué et diffusé partout dans les deux langues officielles du pays. Il ne doit pas rester, comme tant d’autres études, dans un tiroir mais appliqué dès maintenant ! Deux autres points importants sont exigés par ces organisations :

  • Porter le gouvernement à arrêter l’exploitation anarchique des carrières de sable qui peuvent produire des catastrophes plus grandes que toutes celles que nous avons connues;
  • Porter le gouvernement et les mairies à appliquer les lois et à arrêter les constructions anarchiques pour que nous n’ayons plus à pleurer la mort de nos enfants comme à Nérette.

La réalisation du premier demandera bien plus qu’un document mais un engagement continu, voire des manifestations publiques d’envergure. On doit s’attaquer là non seulement au laxisme gouvernemental mais aussi à la mafia environnementale. Et la première question à laquelle doit répondre le gouvernement est la suivante : pourquoi cette exploitation n’a-telle pas été arrêtée et pourquoi le décret présidentiel ordonnant cet arrêt n’a-t-il pas été signé depuis un an ?Quant au second point, je doute qu’il puisse être réalisé par un Gouvernement reconnu pour son anarcho-populisme.

Les deux derniers points sont les suivants :

  • Porter les autorités et tous les secteurs de la société civile à se lancer en permanence et avec persévérance dans une campagne massive de sensibilisation et d’éducation pour la protection et la réhabilitation de l’environnement dans tous ses aspects. Les résultats de cette campagne et le changement de comportement permettront d’épargner beaucoup de capitaux et de vies humaines;
  • Réduire la dépendance alimentaire et contrôler les risques de famine grandissants par la modernisation de l’agriculture, en la rendant plus productive et mieux respectueuse de l’environnement.

La concrétisation de ces points, et des autres par ailleurs, ne pourra se réaliser que si ces organisations proposent une stratégie de mise en œuvre. Il ne faut plus se contenter d’exiger, car les autorités feront, comme à l’accoutumée, la sourde oreille. Il faut s’armer des outils pour obtenir gain de cause. Aujourd’hui, on ne peut plus se contenter d’être écologiste en Haïti : il faut devenir un activiste environnemental. Or cela demande beaucoup plus que des exigences au gouvernement. Cela commence par chacun de nous, par chaque entreprise, par chaque lobbying, etc. Cela va très loin et demande un autre article. Mais, entre-temps, ces organisations devraient réfléchir sur la citation suivante de Kafka : «Mettez la compréhension active en lieu et place de l’irritation réactive et vous dominerez les choses ».

Bon courage à tous !

Montréal, le 8 juin 2009

//L'article ci-dessus provient du lien suivant:
http://www.lematinhaiti.com/Article.asp?ID=18936
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(1) Alterpresse, Haïti : appel à la mobilisation générale et totale contre les désastres et pour la protection de l’environnement, le 8 juin 2009.
L'article d'Alterpresse est aussi accessible par le lien ci-après:

mardi 9 juin 2009

Haiti : Appel à la mobilisation générale et totale contre les désastres et pour la protection de l’environnement

Source: AlterPresse, 8 juin 2009

Document issu d’un atelier de travail réalisé à Port-au-Prince les 25 et 26 mai 2009 autour des problèmes écologiques en Haïti. Plus de 150 organisations ont pris part à cet atelier organisé par le Collectif National des Organisations de la Société Civile pour la Protection et la Réhabilitation de l’Environnement (CONAOS/ENVIRONNEMENT) et le Centre Pétion-Bolivar.
Tous les ans, nous assistons passivement à des catastrophes, les unes plus dévastatrices que les autres. Ces dernières années des milliers de nos compatriotes ont été emportés par les eaux en furie. Le pays entier est en train de s’effondrer sur ses enfants.

Alors que tout nous indique que notre environnement, par notre faute à nous et celle d’un Etat irresponsable, est devenu une bombe à retardement, que faisons-nous, nous, citoyens et citoyennes, qui sommes encore rescapés des catastrophes ? Le vieux Commandant Cousteau parlait déjà il y a 25 ans du désastre écologique en Haiti comme un génocide à action retardée. Nous rendons-nous compte que ce génocide est en cours et accepterons-nous d’être les bourreaux de nous-mêmes ?

Si l’environnement est par définition le lieu où l’on vit, le développement est ce que l’on fait à l’intérieur de cet espace pour améliorer ses conditions d’existence. On peut comprendre aisément pourquoi la réalité écologique est plurisectorielle et multidimensionnelle. C’est pour cela que l’environnement est un domaine transversal. Il devient donc urgent que les politiques environnementales soient intégrées dans toutes les politiques sectorielles.

En Haiti, tous les problèmes de l’environnement rural et urbain sont urgents, essentiels et prioritaires. D’un coté, on constate la déforestation, l’érosion, l’appauvrissement des sols, la perte de biodiversité, le tarissement des sources, le régime torrentiel des rivières, les inondations répétées, l’envasement des canaux d’irrigation et de drainage, le blanchiment des coraux, la désertification et l’utilisation inconsidérée des ressources naturelles. De l’autre coté, on note la pauvreté de masse, l’émigration, la multiplication des bidonvilles, la mauvaise gestion des déchets, les décharges sauvages, l’absence d’’égouts sanitaires, la divagation des eaux usées, les nuisances sonores et la transformation de nos principales villes en d’infectes cloaques . Et comme il n’y a pas de cloisonnement entre le premier coté et l’autre, la société haïtienne dans son ensemble doit s’alarmer et comprendre qu’elle est devant une situation exceptionnelle et de gravité explosive qui exige des mesures urgentes, vigoureuses, de grandes amplitudes et un changement de comportement radical de la population face à l’environnement.

D’un côté comme de l’autre, il s’agit de problèmes complexes dont les causes s’interpénètrent et dont les solutions peuvent se retrouver sur des chemins contradictoires. Il convient donc de trouver un fil conducteur qui lie tous ces phénomènes, lesquels peuvent néanmoins avoir des causes spécifiques notamment en termes de gestion et de mauvaise gouvernance, expliquant ainsi la grande vulnérabilité de la population vis- à-vis des catastrophes naturelles et autres. On peut alors dire que l’accroissement progressif de la population a augmenté en proportion les besoins primaires en énergie, en nourriture et en logement. Pour satisfaire de tels besoins, en l’absence d’innovation technologique et en présence d’un Etat prédateur, les paysans rarement aidés par les élites ont eu recours, pendant deux siècles, à bien des palliatifs qui ont fini par montrer leurs limites.

Dit autrement, les paysans ont dû, après les élites qui ont exploité les bois précieux jusqu’à l’épuisement des réserves, exploiter abusivement les terres forestières pour la conquête de terres arables et l’utilisation à outrance de bois et de charbon de bois notamment comme source de matière première et d’énergie. Aujourd’hui, il n’y a plus de forêt ou presque, la production du charbon de bois s’élève à plus de 400 000 tonnes par an, les pertes de sol sont estimés annuellement à plus de 40 000 TM., plus d’une centaine d’espèces animales et végétales sont respectivement menacées d’extinction ; la dernière grande inondation en date a causé la mort de plus de 2 000 personnes et occasionné la perte d’environ un milliard de dollars tandis que l’envasement des canaux d’irrigation et de drainage fait perdre au pays plus de 100 millions de dollars par an. Il n’est donc pas surprenant que tout le monde soit pauvre sauf une petite minorité, et que le taux de chômage de la population active tourne autour de 70 % tandis que le nombre d’habitants vivant avec moins de deux dollars par jour représente 80 % d’une population totale évaluée, depuis plusieurs années, à huit millions d’âmes.

L’assistanat international a montré ses limites. Il n’a fait que destructurer encore plus les institutions du pays sans apporter de solutions réelles et durables.
Un tableau aussi sombre invite à la réflexion et à l’action. C’est pourquoi l’ensemble de la communauté haïtienne de toutes les catégories et conditions sociales, de toutes les générations, de tous les secteurs et de toutes les confessions religieuses, est invitée à prendre part à la mobilisation totale contre le désastre, pour la protection et la réhabilitation de l’environnement. Cessons ensemble ce processus de suicide collectif dans lequel nous avons collectivement lancé notre pays.

Etant donné qu’on ne peut ni faire pousser les arbres en un jour, ni augmenter le débit des rivières en une semaine, ni faire disparaître les bidonvilles en un mois et encore moins donner du travail à tous en une année, compte tenu du fait que les choses immatérielles ne demandent qu’à être bien gérées et qu’en définitive tout va dépendre de l’homme, agent et bénéficiaire du développement durable, il importe de se fixer des priorités simples et claires afin de diminuer la pression sur les ressources ligneuses, garantir les services environnementaux particulièrement la fourniture d’eau potable et relancer la production agricole pour éviter la famine généralisée.
Fort de cela, les citoyens et citoyennes du pays se mobiliseront à travers les Organisations de la Société Civile pour :
  1. Exiger que les organes du gouvernement, en particulier les ministères de l’environnement, de l’agriculture et des ressources naturelles, le ministère des travaux publiques commencent à travailler de façon concertée pour la protection et la réhabilitation de l’environnement, la réalisation d’un cadastre et la mise en œuvre du plan d’aménagement du territoire.
  2. Exiger que le Gouvernement adopte, sans délai, une politique de substitution au bois et au charbon de bois en mettant les gaz de pétrole liquéfiés (propane et butane) et le kérosène à la disposition de toutes les familles selon un prix compétitif, et mette en œuvre le décret de 1987 sur le bois-énergie.
  3. Porter le Gouvernement de la République à garantir l’alimentation en eau potable, en adoptant les mesures appropriées pour gérer durablement les ressources naturelles, les forêts réservées, les parcs nationaux et les zones sous protection, lesquelles sont considérées comme les châteaux d’eau du pays. Les pouvoirs publics doivent alors passer des contrats de gestion de ces aires protégées avec les collectivités territoriales et les acteurs non-étatiques sous la supervision méthodique d’une autorité désignée, par voie d’appel d’offres administré dans la transparence.
  4. Porter le gouvernement à arrêter l’exploitation anarchique des carrières de sable qui peuvent produire des catastrophes plus grandes que toutes celles que nous avons connues.
  5. Porter le gouvernement et les mairies à appliquer les lois et à arrêter les constructions anarchiques pour que nous n’ayons plus à pleurer la mort de nos enfants comme à Nérettes.
  6. Porter les autorités et tous les secteurs de la société civile à se lancer dans une permanente campagne massive et persévérante de sensibilisation et d’éducation pour la protection et la réhabilitation de l’environnement dans tous ses aspects. Les résultats de cette campagne et le changement de comportement permettront d’épargner beaucoup de capitaux et de vies humaines.
  7. Réduire la dépendance alimentaire et contrôler les risques de famine grandissants, il est indiqué d’initier la modernisation de l’agriculture de manière qu’elle soit plus productive et mieux respectueuse de l’environnement.

Si chaque haïtien, même le plus démuni , aspire à la possession individuelle d’une maison et rêve qu’elle soit coquette et bien tenue , nous devons prendre conscience que la terre de ce pays est notre maison à tous, que nous nous devons de la préserver avant toute autre chose nous, citoyens et citoyennes du pays. Elle est notre patrimoine à tous sans lequel nous ne saurions avoir de maison individuelle ou familiale. Nous devons nous unir pour lancer à travers le pays une mobilisation générale et totale à long terme afin de sauvegarder le patrimoine environnemental unique et commun à tous et d’installer le pays sur la voie du développement durable.
VIVE LA MOBILISATION GENERALE ET TOTALE CONTRE LES DESASTRES, POUR LA PROTECTION DE L’ENVIRONNEMENT
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